Duel intime

15 février 2014

Tu es parti.

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Hier, ça a fait deux mois. Ça a fait deux mois que tu es parti. Encore à ce jour, j'ai de la difficulté à mettre des mots sur mes sentiments. Au cours des derniers temps, j'ai souvent ressenti le besoin d'écrire. J'ai souvent pris un carnet entre mes mains pour essayer de libérer mon esprit. Or, mes pensées n'ont jamais réussi à inonder la page blanche. Cette dernière est demeurée vide d'idées, vide d'émotions, vide de tout, vide de rien, vide de moi. 

Pendant longtemps, je suis restée silencieuse. Je ressemblais à une larve amorphe, invertébrée, inerte, inanimée, détachée, déconnectée de la réalité. En fait, j'incarnais une épave. J'étais carrément et tout simplement une loque humaine. Incapable de sortir de mon lit, incapable de travailler, incapable de penser, incapable d'avancer, incapable de vivre, incapable d'être. Je n'avais aucune volonté, je n'avais aucune force. Et pourtant, malgré mon épuisement total, les larmes se frayaient constamment un chemin jusqu'à mes yeux. J'avais beau vouloir les fuir et les éviter, elles venaient tout de même me visiter. Tous les jours. Tout le temps.

J'ai toujours détesté pleurer. J'ai toujours eu horreur d'accueillir mes sentiments, de les laisser être ce qu'ils sont. Alors je dois avouer que les derniers temps n'ont pas été faciles. Du tout. Pour la première fois de ma vie, j'ai eu envie de faire des trous dans les murs. De crier, de tout casser, de tout lancer, de péter des gueules. Tout plein de gueules.

Je ne m'étais jamais sentie aux prises avec autant de colère et de violence dans ma tête. J'étais fâchée. J'étais en crisse, même. J'en voulais à toute la terre. À ces arnaqueurs, aux gens qui ont profité de ton départ pour s'attirer la pitié des autres, à tes amis, à moi, à toi. À moi qui ne t'ai pas vu depuis la fin de l'été, à moi qui n'ai rien vu venir, à moi qui ne t'ai pas sauvé. À toi qui n'en pouvais plus, à toi qui n'as pas su aller chercher de l'aide, à toi qui n'as pensé à personne d'autre qu'à toi.    

Je sais bien que chaque humain est maître de sa vie. Je sais bien qu'on ne peut pas contrôler les faits et gestes des gens qui nous entourent. Je sais bien qu'on ne peut pas obliger une personne à commettre des actes qui ne lui correspondent pas. Malgré toute cette logique, j'ai encore de la misère à respecter ta décision. Parce que d'ici, je vois toutes les conséquences de ton choix. Je vois les maux, les peines et les frustrations que tu as créés. Je vois le regard vide de ta mère. J'entends son désir de mourir. Je sais le désarroi de ton entourage, je connais aussi le mien. Et c'est dur. C'est crissement dur. Parce que tu étais tellement jeune. Parce que tu as toujours été plus qu'un cousin; tu as toujours été un ami, un frère. Mon deuxième frère.

Puis ce soir, tu me manques vraiment. J'aimerais que tu sois là. Qu'on aille prendre une bière ensemble, qu'on jase, qu'on rie, qu'on s'amuse, qu'on se prenne dans nos bras.

Tu sais, j'aurais vraiment voulu te voir une dernière fois avant que tu partes. Te dire que je t'aime, rire une dernière fois de tes pas enflammés sur la piste de danse. Te faire mes adieux. 

Hier, ça a fait deux mois. Ça a fait deux mois que tu as mis la corde à ton cou et que tu t'es lancé dans le vide. 

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07 décembre 2013

Perdre ses repères et son identité.

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Les gens ne comprennent pas. Ils disent comprendre, mais ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent absolument pas. Ils ne peuvent pas comprendre parce qu'ils ne l'ont jamais vécu. Ils devraient arrêter de dire qu'ils comprennent parce qu'ils n'y comprennent franchement rien du tout. 

Ma mère n'arrête pas de me dire que je vais aimer ça, entendre. Elle n'arrête pas de me dire qu'elle comprend ce que je vis. Non, elle ne me comprend pas parce qu'elle n'est pas dans ma situation. 

En une fraction de seconde, on ne lui a pas tout enlevé ce qu'elle connaissait. En une fraction de seconde, on n'a pas détruit la réalité dans laquelle elle vit depuis plus d'une vingtaine d'années. En une fraction de seconde, on ne lui a pas imposé un environnement inconnu au sein d'un environnement qui lui était autrefois connu. En une fraction de seconde, on ne lui a pas volé son identité. En une fraction de seconde, on ne lui a pas dit que sa vie n'était qu'un mensonge. 

Depuis hier, je porte une prothèse à l'oreille gauche pour compenser ma perte auditive de 50 décibels. Toute ma vie, j'ai vécu avec cet handicap. Toute ma vie, je me suis habituée à un environnement que je n'entendais qu'à 50 % d'un côté. Et voilà que maintenant, plus rien n'a de sens pour moi. Je n'ai plus aucun repère dans mon propre appartement. 

Depuis hier, j'entends tous les moindres petits sons. Je sursaute à chaque bruit, à chaque geste. J'ouvre le robinet et je frôle la crise cardiaque. C'est trop fort, c'est beaucoup trop fort. Je dépose un couteau dans l'évier et j'en ai presque un mal de tête. Je tape sur mon clavier et ça résonne dans ma tête. Ma colocataire me parle et je l'entends avec réverbération. Je ne reconnais plus rien, je distingue même des bruits qui m'étaient autrefois complètement inexistants.  

Je parle et je ne me reconnais plus. Je parle et ma voix semble sortir tout droit d'un micro. Je parle et ma voix lance un écho dans mon coco. On m'a dit que c'était normal. On m'a dit que j'allais m'y adapter. Mais c'est malsain. C'est complètement insupportable. 

Tout me dérange, tout m'irrite, tout m'agresse. Je prends des feuilles de papier dans mes mains et ça fait du bruit. Je plie mon linge et ça fait du bruit. Je déplace une mèche de cheveux et ça fait du bruit. C'est l'horreur. Tout fait du bruit tout le temps. 

Je ne peux pas concevoir que les autres entendent toujours ces choses-là. C'est impossible. C'est trop fort, c'est beaucoup trop fort. Et c'est dérangeant, très dérangeant. Comment peuvent-ils vivre ainsi? J'ai envie de m'arracher les cheveux de la tête dès que je bouge un petit peu. 

Finalement, j'étais peut-être bien dans mon cocon de silence... 

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10 novembre 2013

Ce soir, je me sens seule. Vraiment seule. Ce soir, j'aimerais pouvoir me blottir dans les bras de quelqu'un. Être heureuse et amoureuse d'une personne aimée qui m'aime. Ce soir, j'aimerais être bien avec moi et avec un autre. Mais ce n'est pas le cas. 

Avec le temps, le sentiment de solitude devient lourd et pénible à supporter. Je vois tous ces couples qui rient et qui tourbillonnent de bonheur autour de moi. Et ça m'étourdit. Ça me brouille de voir que je n'ai pas accès à cette part de joie moi aussi. Ça me déprime de constater que je ne suis pas à l'hauteur pour avoir quelqu'un dans ma vie moi aussi... 

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02 novembre 2013

Fouiller et trier les bobos.

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Aller jouer dans ses bobos, ça fait mal en crisse. Ça fait remonter des émotions qui sont enfouies depuis longtemps. C'est une confrontation entre nos oxymores personnels. C'est l'envie de dénier et l'envie d'avancer qui se percutent. C'est les mille larmes séchées, les mille maux qui nous rongent, les mille cris étouffés, les mille stratagèmes de défense qui s'abolissent. C'est le désir de fuir son passé, de fuir son passé, de se fuir soi-même. 

Aller jouer dans ses bobos, ça fait mal en crisse. C'est incanter les mauvais esprits et réssuciter nos vieux démons. C'est laisser les souvenirs nous submerger dans une mer de désespoir et de colère. Mais paraît-il que c'est aussi le premier pas vers la guérison, vers sa propre guérison... Sauf que ce n'est pas facile à faire, à comprendre ou à accepter. 

Ça fait maintenant six semaines que je suis en thérapie. Tous les vendredis matins, je traîne ma peau dans le cabinet d'une psychologue résidente. Tous les vendredis matins, je dois lutter contre moi-même pour parvenir à parler, à ouvrir une porte sur mon univers, à partager les choses qui me détruisent à petit feu. Tous les vendredis, je développe le tic nerveux de me gratter l'avant-bras droit sous la pression des émotions et sous l'obligation, que je m'impose volontairement, à raconter ma vie à une inconnue.

Je ne suis pas la fille qui discute de ses problèmes. Je ne suis pas la fille qui hypnotise les autres avec mes sentiments handicapés. Je ne suis pas la fille qui montre qu'elle est blessée, malaimée, indésirable, indésirée, honteuse. Je ne suis pas cette fille-là. Je suis la fille qui a un coeur froid, semblerait-il. Je suis la fille qui n'a aucune émotion. Je suis la fille qui ne laisse rien paraître de peur d'être dérangeante.

Pourtant, tous les vendredis matins, je deviens cette fille que je ne suis pas. Je deviens cette fille oubliée et délaissée qui se cache véritablement en moi. Et ça fait peur, et ça fait mal. Mon mécanisme de protection flanche et je perds tous mes repères. Je me sens tellement vulnérable, je me sens tellement minuscule, liliputienne.  

Mais paraît-il que c'est le premier pas vers la guérison, vers sa propre guérison... Sauf que ce n'est crissement pas facile à faire, à comprendre ou à accepter. Je le sais maintenant. 

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29 octobre 2013

Avenir et panique, mes amis.

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C'est drôle, il n'y a pas si longtemps que ça, j'écrivais ici que je n'avais aucune idée à quoi ressemblerait mon avenir et que je m'en foutais carrément. Eh bien, la nervosité a repris les rennes de mes pensées. Depuis quelques temps, je me mets à paniquer quant à ma future vie professionnelle. J'angoisse parce que mon domaine d'études n'est présentement pas une valeur sûre et parce que je ne crois pas que je veux faire ça de mon temps.

En fait, je ne suis pas certaine de me voir exceller dans ce métier, de me voir heureuse là-dedans. Pourtant, la traduction offre des possibilités alléchantes, une liberté attirante, des horizons divers et aucunement routiniers. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi? Mes rêves sont-ils trop impossibles et farfelus? Est-ce que j'agis sous l'unique influence de la peur? Est-ce que je m'invente des excuses pour contrecarrer mes insécurités? 

J'ai quitté le monde des arts de la scène parce que j'étais à la recherche d'une certaine stabilité. Une stabilité financière, émotionnelle, saine. Et puis, je me retrouve dans une situation similaire en raison des nombreuses coupures budgétaires. La compétition est féroce, les vétérans sont coupés, les stagiaires n'existent plus. Comment peut-on réussir à se démarquer en n'ayant qu'un simple petit diplôme universitaire? C'est complètement ridicule. Et stressant. Surtout stressant. 

On dirait que je cherche désormais une porte de secours à tout prix. Je passe des heures à regarder les autres programmes universitaires, à essayer de me trouver un avenir, une vie. Est-ce que c'est normal? Il me semble qu'à mon âge, je devrais savoir où je veux m'en aller. Et pourtant... 

C'est exaspérant. Des fois, je m'exaspère. Mais je n'ai pas envie de passer mes quinze prochaines années sur des bancs d'école. J'attends l'éclair de génie, la révélation du siècle, le signe de Dieu. En fait, peut-être pas le signe de Dieu. Juste un signe. Point à la ligne.  

My head is exploding. Et j'essaie de rester zen. Shit. 

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27 octobre 2013

Et ça tombe à l'eau.

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Finalement, je crois que ma première impression était la bonne. Mon premier instinct, celui qui me tenaillait les entrailles, n'était pas faux. C'est raté. Mon chien est mort en même temps que le moment de malaise intense qu'on a vécu. Du moins, c'est ce que j'en conclus.

Ça fait déjà plus de cinq jours qu'il n'a pas répondu à mes textos. Je crois que le message s'en vient de plus en plus clair. Il n'est pas intéressé à me revoir. J'aurais toutefois aimé qu'il prenne la peine de me le dire plutôt que d'ignorer complètement mes mots. Je pensais qu'il me répondrait au moins un petit «non» ou quelque chose du genre. Peut-être qu'il ne voulait pas me blesser. Je ne sais pas. Enfin, j'aurais préféré qu'il soit précis et direct dans une réponse. 

D'un côté, je suis un peu déçue, car je le trouvais quand même très intéressant. J'ai toujours été attirée par des hommes brillants aux grandes ambitions. Disons qu'il respectait parfaitement ce critère intellectuel-là. Et même s'il n'avait pas l'apparence physique type que je recherche normalement, il avait un charisme débordant et déstabilisant. Dommage, j'imagine.

Mais d'un autre côté, cette nouvelle expérience de dating m'a permis d'être courageuse, de me surpasser, de sortir de ma zone de confort. C'est tout un exploit! Pour certaines personnes, ça doit clairement n'être que des peccadilles, mais pour moi, c'est un pas de géant. En fait, ça me donne le goût de réessayer. D'essayer de me faire plus confiance et d'aller à la rencontre d'autres hommes. De m'accepter graduellement et de me laisser approcher par d'autres. De m'aimer et de me laisser aimer. 

Alors oui, malgré le résultat non-concluant de ces dates, c'est toute une victoire pour moi.
J'avance, je respire, je grandis, j'évolue, je vis. 

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23 octobre 2013

Dating 101, # 2.

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Samedi dernier, j'ai revu le gars avec qui j'étais allée en première date il y a environ trois semaines. Je dois avouer que ça faisait tout drôle de le revoir après un délai aussi long. Mais bon, nous avions tous deux des horaires incompatibles jusque-là. En général, je crois que la soirée s'est bien passée.

Or, toute cette histoire de fréquentation est tellement nouvelle pour moi que je m'y perds complètement. On dirait qu'il y a trop de règles non écrites, trop d'étapes à suivre pour moi, trop de conventions sociales embêtantes. Ça me laisse perplexe et angoissée. Il faut dire que je ne suis plus habituée d'être dans un monde de séduction et de rencontres. Je me surprends à me questionner à propos des moindres petits détails. J'analyse et je contre-analyse tout. Tout, tout, tout. Ça en vient drainant et décourageant. Mais comme je n'ai plus l'habitude, c'est plus fort que moi. Je ne peux pas m'empêcher d'étudier chaque petit geste, chaque petite parole, chaque petite hésitation. Je suis certaine que ça va finir par me rendre complètement folle. 

Et là, c'est le temps d'attente. Encore une fois. Cette fois-ci, j'ai pris mon courage à deux mains et je lui ai personnellement demandé s'il voulait qu'on se revoit une troisième fois. En fait, j'ai été une véritable poule mouillée jusqu'à ce que je décide d'appuyer le bouton «Envoyer» sur un coup de tête. Arrêt cardiaque. Arrêt respiratoire pour un instant. Puis, mes signes vitaux ont repris du mieux.

Par contre, maintenant, j'ai le cœur qui bat à tout rompre. J'ai des palpitations et j'ai une boule au fond de la gorge. Et là, c'est l'idée de ne pas regarder mon cellulaire à toutes les cinq secondes, c'est l'idée de garder mon calme et de me la jouer cool. Pas facile, pas facile. Je me mordille les doigts sans répit. 

On dirait que je ne sais plus si une troisième date peut être au menu ou non. En tant que tel, le rendez-vous s'est bien déroulé, mais il y a eu un petit moment de malaise en fin de soirée. Et s'il pense moindrement comme moi, c'est cet instant-là qui va lui rester gravé dans la tête. Même si théoriquement, cette tension n'a duré qu'une minute sur une durée totale d'environ trois heures. 

Encore une fois, je crois qu'il m'envoyait peut-être des signaux positifs. De nombreux contacts visuels, une facilité à s'ouvrir sur sa vie personnelle, des sourires, des rires, une posture physique tournée vers moi, des compliments, un intérêt pour mes propos, une grande courtoisie et un désir de me raccompagner jusqu'à la station de métro la plus proche. 

J'ai eu l'impression qu'il voulait m'embrasser, mais il a fini par ne pas le faire. Peut-être que moi, j'envoyais des signaux mixtes, même si ma tête souhaitait un baiser. Il y a eu toute la montée du fameux «dit moment»; les regards furtifs, les sourires en coin, les paroles qui ne veulent plus rien dire, l'hésitation et... le malaise palpable parce que personne n'a fait le saut. 

Je sais que je ne suis pas la première à qui ça arrive et je sais que je ne serai pas la dernière non plus. Toutefois, ce genre de malaise est inconfortable et stressant. Je déteste la convention sociale qui dit qu'un baiser doit être donné en fin de rendez-vous galant. Ça me met de la pression sur les épaules et j'ai toujours l'impression d'avoir l'air conne. Crissement conne. D'attendre sans vouloir attendre, de ne pas attendre en voulant attendre. 

Au bout du compte, je l'ai salué rapidement et je suis partie prendre le métro. Le malaise était en train de me rendre folle. Je ne sais juste pas si désormais, mon chien est mort et bien enterré. Je crois qu'on avait une belle chimie, mais est-ce que j'ai tout fait foirer? 

J'imagine qu'il me faudra attendre plus longtemps pour le savoir. À suivre, sans doute.

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28 septembre 2013

Crise de panique, ou «crisse» de panique.

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Ce soir, je pense que j'ai vécu un semblant de crise de panique. Je n'avais plus aucun contrôle sur mes émotions. J'avais de la difficulté à respirer. J'avais chaud. J'étais incapable de parler. Je ne comprenais plus rien de ce qui se passait autour de moi. Je tremblais. J'avais des sanglots étouffés. J'avais le coeur qui voulait éclater. Encore maintenant, je suis toute à l'envers. 

Il y a quelques semaines, j'ai passé très près de perdre une de mes meilleures amies. Elle est tombée dans un coma; on l'a retrouvée 72 h plus tard, inconsciente dans son appartement. Elle a été hospitalisée pendant un peu plus de trois semaines. J'ai passé des heures incalculables à ses côtés. Je l'ai vue dans un état tellement fragile, dans un état tellement terrifiant. Encore aujourd'hui, j'en ai parfois des visions d'horreur. 

Les docteurs n'ont jamais trouvé ce qu'elle avait, ils n'ont jamais compris ce qui s'était produit. Le néant total. L'inconnu complet. Ils ne comprennent pas comment elle a pu survivre et ils comprennent encore moins pourquoi elle n'est pas légume. Après une série interminable de tests, ils l'ont renvoyée chez elle. Seule dans son petit 2 et demi avec son chat. 

Depuis sa sortie de l'hôpital, j'essaie de ne pas trop m'inquiéter à son sujet. J'essaie de créer un détachement envers cet événement parce que de toute façon, je ne peux pas contrôler les choses. Je n'ai pas de pouvoirs divins pour maîtriser sa vie ou ses crises de douleur. Je n'y peux rien. Et je réussissais bien à respecter mes limites, à respecter son besoin d'intimité. 

J'veux dire, je comprends son désir de vouloir du temps pour elle, je comprends sa frustration quant aux personnes qui l'appellent 15 fois par jour pour s'assurer qu'elle est toujours en vie, je comprends la distanciation qu'elle a voulue établie entre sa mère et elle. Je comprends tout ça et jusqu'à présent, je l'avais respectée dans ses demandes. 

Mais son absence pendant cinq jours a fini par me faire paniquer. Ce n'est pas son genre de ne pas me rappeler lorsque je l'appelle, ce n'est pas son genre d'avoir un cellulaire mort, ce n'est pas son genre de ne pas lire ses messages privés, ce n'est vraiment pas son genre du tout. Elle est beaucoup trop active sur son téléphone et sur Internet pour ne pas faire signe de présence. Et puis, ce n'est pas comme si je l'appelais pour la harceler ou pour lui demander comment elle allait. Non. Je lui demandais simplement de me rappeler parce que je devais vraiment lui demander des conseils et parce que je voulais aller déjeuner avec elle. Mes raisons étaient tout à fait anodines. Je ne m'inquiétais pas pour elle. 

Mais après cinq jours de silence, j'ai craqué. J'ai mis tout le poids sur mes épaules. Sa mère m'avait dit de veiller sur elle. Personne ne lui avait parlé dans les derniers jours. Et comme je suis celle qui habite le plus près de chez moi, je me suis dit que c'était mon devoir. J'avais tellement peur qu'il soit arrivé quelque chose. J'avais peur de ne rien faire, de la retrouver inconsciente et de me culpabiliser pour le reste de mes jours. 

Alors je me suis rendue chez elle. Tous les indices m'indiquaient que quelque chose clochait. Aucun signe de vie, les cris stridents et désespérés de son chat enfermé à l'intérieur, son ordinateur ouvert visible de sa fenêtre, des tas de trucs sur le sol. Et si elle était inconsciente sur le divan? Et si elle s'était évanouie dans la salle de bain? 

J'ai appelé E. qui avait sa clé. Je ne voulais pas alarmer la police pour rien. Je ne voulais pas qu'on défonce sa porte pour rien. Je ne voulais pas que ça lui coûte rien pour une fausse alerte. Je me suis donc rendue chez E. pour récupérer les clés. Évidemment, à ce moment-là, plus aucun autobus ne passait. Quand j'ai décidé d'y aller à la marche, l'autobus s'est pointé. J'ai couru comme une folle pour l'attraper. Je suis arrivée chez lui. Je ne voulais pas le mêler à tout ça. Je ne voulais pas qu'il m'accompagne. Il a ouvert la porte et j'ai perdu tous mes moyens. Je n'étais plus capable de me contrôler. C'était le jour et la nuit. 

Il avait déjà son manteau sur le dos. Il ne voulait pas que j'entre dans l'appartement la première. Au cas où. Il y a eu le plus grand silence dans la voiture. À part mes petits cris étouffés de panique. 

On est arrivés chez elle et il y avait maintenant de la lumière par la fenêtre, ses rideaux étaient fermés. Elle était là. Crisse, elle était là. Je n'ai pas voulu aller la voir. E. est entré et lui a expliqué mon angoisse. Moi, je suis restée dehors pour prendre l'air. J'étais tellement fâchée. Fâchée contre la situation, fâchée contre elle, fâchée contre moi. Je me sentais conne, je me sentais tellement conne d'avoir paniqué comme ça. Et en même temps, j'avais seulement le goût de me rouler en boule sur le trottoir et de pleurer indéfiniment. 

Elle revenait de l'hôpital; elle y avait passé les trois derniers jours supposément. Mais esti, la moindre des choses, c'est de le mentionner à tes amies. «Hey, by the way, n'essayez pas de me rejoindre cette semaine, on veut me faire passer d'autres tests.» Mais non. Tu sais pertinemment que tout le monde s'inquiète autour de toi, tu as passé à deux doigts de mourir et tu trouves quand même le moyen de mettre un détail aussi important sous silence. Câlisse.

Je suis tellement en colère. Je ne suis pas une fille violente en général, mais ce soir, j'avais envie de défoncer des murs. J'avais envie de tout foutre en l'air, de tout briser. 

Mais là, c'est fini. Pour l'instant, j'ai absolument besoin de m'éloigner de cette situation. Je dois prendre du recul et prendre mes distances par rapport à elle, par rapport à tout ça. C'est trop, c'est trop pour ma tête et mon corps. Je ne veux plus revivre cette folie, cette panique. Je ne peux pas revivre cette folie, cette panique. 

Elle a essayé de m'appeler, mais je ne lui ai pas répondu. Il faut vraiment que j'érige une barrière, une limite. Il faut que je prenne du temps pour gérer toutes mes émotions contradictoires. Il faut que je prenne du temps pour être seule et réfléchir. 

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26 septembre 2013

Affronter sa plus grande peur, ou s'affronter soi-même.

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Hier soir, j'ai pris mon courage à deux mains. Pour la première fois de ma vie, je ne me suis pas désistée de ma sorte de date. Pour la première fois de ma vie, je n'ai pas inventé une excuse bidon à la dernière minute. Pour la première fois de ma vie, je n'ai pas laissé en plan l'homme qui souhaitait me voir et apprendre à me connaître.

À maintes reprises, en me dirigeant au dit rendez-vous, j'ai voulu prendre mes jambes à mon cou. J'ai même passé une dizaine de minutes à l'extérieur pour tenter de me calmer, de mettre de côté toute mon insécurité, de taire mes inquiétudes et mes questionnements. «Et s'il n'est pas là? Et s'il part en me voyant? Et s'il n'est pas intéressé? Et s'il n'est pas intéressant? Et si je le déçois? Et si je le rends mal à l'aise?» Il faut dire que mon cerveau roulait à toute allure.

Après avoir pris quelques grandes respirations, je suis finalement entrée à l'intérieur. Il m'attendait patiemment à la table. Dès que je me suis dirigée vers lui, il a souri et s'est levé pour me faire la bise. Déjà, c'était presque positif puisqu'il n'a pas détalé en courant. 

Et je ne sais pas, j'ai eu un assez bon feeling. La conversation a démarré, il y a eu beaucoup de rires et de sourires. Je le regardais dans les yeux quand il parlait, il me regardait dans les yeux quand je parlais. Il n'y a pas eu de temps morts. Il avait toujours un autre sujet en tête, une autre question à me poser. Il était très enthousiaste et dynamique. Il essayait de me déstabiliser avec des petites blagues. Il ne centrait pas son attention sur les gens autour de nous. Il était là, présent. 

Après notre rendez-vous, il devait retourner travailler sur sa thèse de doctorat à l'université. Il l'avait mentionné au début de la soirée. Je me disais que ça allait être son excuse pour partir tôt. Mais non. Il n'a jamais regardé l'heure, il n'a jamais sorti son cellulaire, il n'a jamais décroché de la discussion. C'est même moi qui, à deux reprises, lui a demandé s'il voulait retourner à l'université parce que son deadline était ce matin. Chaque fois, il me disait de ne pas m'en soucier, de ne pas stresser avec ça. 

En tout et partout, on est restés là environ trois heures. Selon moi, ça sonne plutôt positif.

En fait, je crois que le point négatif, c'est peut-être moi qui l'ai créé lorsqu'est venu le temps de la facture. Mais ça, ce sont mes maladresses courantes, mes insécurités, mon incompréhension quant à quelqu'un qui voudrait me choyer un peu. Il a mentionné qu'il allait aller payer la note et qu'il reviendrait par la suite à la table. Je lui ai dit, en insistant, que je pouvais payer ma part, que j'avais de l'argent sur moi. Je pense que mes propos l'ont déstabilisé. Il a alors insisté à nouveau pour payer en me disant qu'il m'avait invitée et que c'était son plaisir. Je lui ai peut-être envoyé un signal mixte. 

Enfin, nous nous sommes quittés au coin de la rue. Avant de partir, il m'a dit qu'il aimerait refaire ça bientôt. Je crois lui avoir répondu que moi aussi. Puis nous sommes partis chacun de notre côté. 

Maintenant, c'est l'instant décisif. C'est l'attente mortelle. C'est l'histoire ou non de la règle des trois jours. Je ne suis pas certaine. Je pense qu'il me plait bien. J'aimerais avoir la chance de le rencontrer à nouveau. J'avais l'impression qu'on avait une belle chimie. Mais là, c'est l'impatience, l'attente, la longueur. Comme j'ai bouclé la boucle d'une façon maladroite, j'ai l'intention de lui envoyer un petit message de remerciement. Mais en attendant, j'attends et je n'arrête pas de penser à ma soirée d'hier. Je suis horrible. 

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21 septembre 2013

Perdre le contrôle de soi

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Je perds de plus en plus l'ouïe de mon oreille gauche.  

J'ai toujours eu des problèmes auditifs. Dès l'âge de deux ans, j'ai été suivie par de multiples spécialistes. J'ai accumulé les otites, les infections, les antibiotiques, les tentatives, les opérations. Rien n'a fonctionné. 

On m'a installé des bouchons alors que j'avais quatre ans. Les otites ont disparu, mais mon audition a elle aussi commencé à disparaître. Quand les bouchons sont sortis d'eux-mêmes, celui de mon oreille gauche a créé une perforation à mon tympan. À partir de ce moment-là, les problématiques se sont succédées.

L'eau traversait mon trou tympanique, allait se réfugier au creux de mon oreille, infectait mon être, déstabilisait mon ballant. Je me roulais en boule de douleur, je pleurais, je criais. Mes parents me disaient d'arrêter mes enfantillages. Ils me disaient que tout le monde vivait la sensation d'avoir de l'eau dans les oreilles et que ça ne faisait pas mal. Mais ils ne savaient pas. Ils ne savaient pas que l'eau se rendait plus loin dans mon cas, que l'eau détruisait mon canal au passage. 

La perforation diminuait mes capacités auditives. Je n'entendais plus très bien, je demandais en permanence aux gens de répéter leurs propos, je répétais maladroitement tout ce qu'on me disait, je n'entendais pas les bonnes choses. Mes parents me chicanaient parce qu'ils disaient que je faisais des caprices, que je n'entendais que ce que je voulais bien entendre, que je voulais avoir de l'attention. Mais ils ne comprenaient pas. Ils ne comprenaient pas que ma perte d'audition était bien réelle. 

Pendant mon adolescence, on a découvert ma perforation tympanique lors d'un rendez-vous médical. On a mis un diagnostic sur mes maux. On m'a affirmé que je n'étais pas folle, qu'il y avait un véritable problème. À deux reprises, on m'a opéré à l'oreille gauche afin d'y faire une greffe de peau. Deux tentatives, deux échecs. La peau inconnue n'a pas voulu adhérer à mon tympan, elle s'est faite étrangère à mon organisme.

Ça fait maintenant environ sept ans que je ne suis pas allée voir un ORL, qu'on n'a pas vérifié mon oreille. Parce que j'ai peur. Mais depuis ce temps-là, je sens mon ouïe me quitter peu à peu. Je ne peux plus prendre le téléphone du côté gauche, je dois toujours changer de place pour entendre, je demande constamment à mes collègues de répéter, je fais semblant d'avoir compris leurs paroles après trois essais, je fais de plus en plus d'acouphène, je perds complètement l'audition pendant de bonnes minutes, je n'entends plus rien lorsque je dors sur mon oreille droite. Et j'ai peur de ne pas entendre l'alarme en cas de feu. J'ai peur de ne jamais me réveiller, j'ai peur de crever dans mon lit si je ne me suis pas endormie du bon côté. 

Je perds de plus en plus l'ouïe. C'est vraiment dur sur le moral. C'est tellement frustrant de perdre le contrôle de soi, de ne pas pouvoir avec le dessus sur une crainte, une capacité. Tu as l'impression d'être en chute libre, de faire un vol plané vers le fond du baril, de ne pas maîtriser du tout ton propre corps... 

Cette semaine, j'ai tout de même pris mon courage à deux mains et je me suis procurée une référence pour consulter un ORL. Il ne me reste plus qu'à prendre un rendez-vous. Mais j'ai tellement la chienne, j'ai tellement peur du verdict. J'ai horreur des tests d'audition. J'ai horreur qu'on m'enferme dans un petit cubicule avec des écouteurs. J'ai horreur de constater à quel point mon oreille est endommagée. Et par-dessus tout, je suis terrifiée à l'idée de porter une prothèse auditive. Une vilaine phobie qui s'est installée chez moi dès mes premières années de vie. 

J'ai l'impression de redevenir cette petite fille effrayée, affolée. J'ai peur. 

Posté par Quidame à 16:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]