15 février 2014

Tu es parti.

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Hier, ça a fait deux mois. Ça a fait deux mois que tu es parti. Encore à ce jour, j'ai de la difficulté à mettre des mots sur mes sentiments. Au cours des derniers temps, j'ai souvent ressenti le besoin d'écrire. J'ai souvent pris un carnet entre mes mains pour essayer de libérer mon esprit. Or, mes pensées n'ont jamais réussi à inonder la page blanche. Cette dernière est demeurée vide d'idées, vide d'émotions, vide de tout, vide de rien, vide de moi. 

Pendant longtemps, je suis restée silencieuse. Je ressemblais à une larve amorphe, invertébrée, inerte, inanimée, détachée, déconnectée de la réalité. En fait, j'incarnais une épave. J'étais carrément et tout simplement une loque humaine. Incapable de sortir de mon lit, incapable de travailler, incapable de penser, incapable d'avancer, incapable de vivre, incapable d'être. Je n'avais aucune volonté, je n'avais aucune force. Et pourtant, malgré mon épuisement total, les larmes se frayaient constamment un chemin jusqu'à mes yeux. J'avais beau vouloir les fuir et les éviter, elles venaient tout de même me visiter. Tous les jours. Tout le temps.

J'ai toujours détesté pleurer. J'ai toujours eu horreur d'accueillir mes sentiments, de les laisser être ce qu'ils sont. Alors je dois avouer que les derniers temps n'ont pas été faciles. Du tout. Pour la première fois de ma vie, j'ai eu envie de faire des trous dans les murs. De crier, de tout casser, de tout lancer, de péter des gueules. Tout plein de gueules.

Je ne m'étais jamais sentie aux prises avec autant de colère et de violence dans ma tête. J'étais fâchée. J'étais en crisse, même. J'en voulais à toute la terre. À ces arnaqueurs, aux gens qui ont profité de ton départ pour s'attirer la pitié des autres, à tes amis, à moi, à toi. À moi qui ne t'ai pas vu depuis la fin de l'été, à moi qui n'ai rien vu venir, à moi qui ne t'ai pas sauvé. À toi qui n'en pouvais plus, à toi qui n'as pas su aller chercher de l'aide, à toi qui n'as pensé à personne d'autre qu'à toi.    

Je sais bien que chaque humain est maître de sa vie. Je sais bien qu'on ne peut pas contrôler les faits et gestes des gens qui nous entourent. Je sais bien qu'on ne peut pas obliger une personne à commettre des actes qui ne lui correspondent pas. Malgré toute cette logique, j'ai encore de la misère à respecter ta décision. Parce que d'ici, je vois toutes les conséquences de ton choix. Je vois les maux, les peines et les frustrations que tu as créés. Je vois le regard vide de ta mère. J'entends son désir de mourir. Je sais le désarroi de ton entourage, je connais aussi le mien. Et c'est dur. C'est crissement dur. Parce que tu étais tellement jeune. Parce que tu as toujours été plus qu'un cousin; tu as toujours été un ami, un frère. Mon deuxième frère.

Puis ce soir, tu me manques vraiment. J'aimerais que tu sois là. Qu'on aille prendre une bière ensemble, qu'on jase, qu'on rie, qu'on s'amuse, qu'on se prenne dans nos bras.

Tu sais, j'aurais vraiment voulu te voir une dernière fois avant que tu partes. Te dire que je t'aime, rire une dernière fois de tes pas enflammés sur la piste de danse. Te faire mes adieux. 

Hier, ça a fait deux mois. Ça a fait deux mois que tu as mis la corde à ton cou et que tu t'es lancé dans le vide. 

Posté par Quidame à 07:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]