Bye_Bye_dreams_____by_Ernestgirl

Hier, j’ai eu la chienne de ma vie. Du moins, une maudite chienne. Et pourtant, elle n’a duré qu’environ deux minutes. Quand on dit que le temps s’allonge et s’étire dans les moments de panique...

Depuis qu’il est tout petit, mon frère a toujours été un garçon sensible. Fragile, je dirais même. Il n’était pas encore bien grand qu’il avait déjà une obsession pour le danger. Il pulvérisait les fils électriques avec des ciseaux, attrapait des chocs. Il courait dans la maison avec des couteaux de cuisine, menaçait de me tuer. Il ne comprenait pas le sens de la vie, il parlait plutôt de la mort. Je ne me souviens plus très bien de tous les détails, mais avant même l’adolescence, il nous avait dit qu’il se suiciderait.

État de choc. Corps qui bascule dans le vide, tête qui roule à cent miles à l’heure, la profonde impression que tout éclate de l’intérieur comme de l’extérieur. Je n’avais peut-être même pas dix, douze ans à ce moment-là. Je ne savais peut-être même pas la signification de ce mot à ce moment-là. Comment lui, aussi infime et jeune, pouvait-il le connaître? L’intégrer dans son vocabulaire?

Et pourtant, quand on plongeait nos yeux dans les siens, on savait. On savait qu’il savait. Ce n’était pas juste des paroles en l’air. Ses yeux étaient vides, ses paroles étaient remplies de vérité, d’une froide et triste vérité.    

Cette fois-là, mes parents lui ont enlevé le couteau et lui ont expliqué qu’il ne fallait pas commettre un tel geste. Et à partir de là, toute cette histoire est devenue taboue. Pourtant, il a recommencé une fois, deux fois, trois fois. Je ne sais plus trop. On ne fait pas le décompte de ces choses-là. On ne veut pas le faire.

Quand tout tourne au noir dans la tête de mon petit frère, il ne voit plus le bout du tunnel. Je le sais, c’est cliché, mais c’est ça quand même. On rompt avec lui? Pour lui, on part avec un morceau de son coeur et il croit alors qu’il ne sera plus jamais aimé. Il referme l’étau sur sa personne et se remet à noircir ses idées.

Il y a quelques années, il a avoué à ma famille qu’il n’était pas heureux, qu’il ne l’avait jamais été et qu’il ne le serait probablement jamais non plus. Il voulait aller consulter un psychologue, mais il n’était pas foutu de faire les démarches. Et je ne me rappelle plus trop si mes parents ont essayé de faire un bout de chemin avec lui. Sans doute. Chose certaine, il n’a jamais rencontré un psychologue au bout du compte.

On n’est plus aussi proches, lui et moi, moi et lui. Je le voudrais, mais la distance nous sépare. Nos idéaux et nos prises de tête aussi. Malgré tout, je sais qu’il vit un moment difficile. Une amourette, comme toujours. Une histoire de butinage, de manque de confiance et de peur de l’engagement. Une aventure qui dure depuis des lustres déjà. On, off, on, off, on, off.

Elle a 26 ans, il en a 21. Elle veut des enfants, il n’est pas prêt. Elle est acheteuse compulsive, il paie tout. Elle accumule ses dettes, il les élimine pour elle. Et ce, avec un pauvre petit salaire. Elle lui ment, il apprend la vérité de la bouche de la société. Enfin, peu importe.

Après plusieurs mois de fréquentation suite à une vie de couple et de cohabitation, il lui a dit qu’il voulait la reprendre. Pour de bon, cette fois-ci. Il lui a dit qu’elle était sa tendre moitié et qu’il ne voulait plus jouer au jeune immature qui va voir partout. Elle lui a mentionné qu’elle ne voulait plus être jouée, qu’elle ne savait pas si elle voulait le reprendre. Depuis une semaine, il a les yeux rougis. Depuis une semaine, il avoue ses torts, elle se présente chez mes parents et appuie ses dires devant eux, elle met tout le blâme sur lui. Et pourtant, elle n’est pas un ange, elle non plus. Il n’est pas le seul dans toute cette histoire. Croyez-moi, elle le manipule depuis un bout de temps déjà, mais elle le laisse parler, elle le laisse s’excuser en refusant toute accusation.

Il éclate, il a l’impression de se noyer. Il croit qu’il ne pourra jamais plus trouver une femme qui l’aime. Il croit que sa vie est finie. Et moi, je me dis que si c’est ça l’amour, ça ne vaut pas le coup. À voir comment elle agit avec lui par moments.

Puis hier, il m’a foutu toute une chienne. Il met sur Facebook une citation, “une belle citation” qu’il dit. À propos du suicide. Quelque chose du genre: «Ne me suis pas si je me suicide, je veillerai sur toi pour que ta vie s’embellisse.»

Il y a peut-être des centaines de kilomètres qui me séparent de lui. Je capote. J’informe ma mère, je lui dis qu’il parle de suicide et d’amour. Elle panique. Je lui dis de ne pas paniquer, comme si je comprends le tout au deuxième sens. Je lui dis qu’il dit qu’après tout, ce n’est qu’une citation. Non? Je lui dis qu’il a toujours été fragile.

Et là, le déclic survient dans ma tête. Tout explose. Ou tout implose. «Et si? Et si?» Ma mère l’appelle, il ne répond pas. Là, c’est une alarme stridente qui se met à sonner dans ma tête.

Je suis assise sur mon lit avec le ventilateur qui me lance de l’air en pleine figure. Je sens mon corps se ramollir, je me sens défaillir. En deux secondes, je me mets à pleurer frénétiquement.

Il ne répond pas. Il ne répond pas à son putain de téléphone. Je le texte. Attente.

Mes pleurs deviennent incontrôlables. Ma colocataire est dans la pièce d’à côté. Normalement, j’aurais tout fait pour retenir mes sanglots. Là, je ne peux pas m’en empêcher. C’est plus fort que moi. Ça déferle tout seul.

J’attends toujours, les yeux noyés de larmes. Puis, il me répond. Il me dit que ce n’est qu’une citation. Pourtant, je ne suis pas soulagée. Je ne peux toujours pas m’arrêter de pleurer.

Je lui dis que dans la vie, on aime souvent les citations qui cachent un fond de vérité et une tristesse étouffée. Et à ces mots, il me dit qu’il m’aime.

Chaque fois qu’il gribouille des idées noires, ma gorge se noue et ma poitrine se serre. Et par-dessus tout, je me sens complèment impuissante devant son profond désespoir. Mon coeur de grande soeur ajoute une autre écorchure à son éventail de blessures.

Aujourd’hui, il est en vie. Mais qu’en est-il de demain? Il n’a jamais caché ses émotions quant au suicide. Et si un jour, il passait réellement à l’acte? Et si un jour, je le perdais pour de bon?