Masquerade__The_Dead_by_Irrania

Samedi dernier, j'ai revu le gars avec qui j'étais allée en première date il y a environ trois semaines. Je dois avouer que ça faisait tout drôle de le revoir après un délai aussi long. Mais bon, nous avions tous deux des horaires incompatibles jusque-là. En général, je crois que la soirée s'est bien passée.

Or, toute cette histoire de fréquentation est tellement nouvelle pour moi que je m'y perds complètement. On dirait qu'il y a trop de règles non écrites, trop d'étapes à suivre pour moi, trop de conventions sociales embêtantes. Ça me laisse perplexe et angoissée. Il faut dire que je ne suis plus habituée d'être dans un monde de séduction et de rencontres. Je me surprends à me questionner à propos des moindres petits détails. J'analyse et je contre-analyse tout. Tout, tout, tout. Ça en vient drainant et décourageant. Mais comme je n'ai plus l'habitude, c'est plus fort que moi. Je ne peux pas m'empêcher d'étudier chaque petit geste, chaque petite parole, chaque petite hésitation. Je suis certaine que ça va finir par me rendre complètement folle. 

Et là, c'est le temps d'attente. Encore une fois. Cette fois-ci, j'ai pris mon courage à deux mains et je lui ai personnellement demandé s'il voulait qu'on se revoit une troisième fois. En fait, j'ai été une véritable poule mouillée jusqu'à ce que je décide d'appuyer le bouton «Envoyer» sur un coup de tête. Arrêt cardiaque. Arrêt respiratoire pour un instant. Puis, mes signes vitaux ont repris du mieux.

Par contre, maintenant, j'ai le cœur qui bat à tout rompre. J'ai des palpitations et j'ai une boule au fond de la gorge. Et là, c'est l'idée de ne pas regarder mon cellulaire à toutes les cinq secondes, c'est l'idée de garder mon calme et de me la jouer cool. Pas facile, pas facile. Je me mordille les doigts sans répit. 

On dirait que je ne sais plus si une troisième date peut être au menu ou non. En tant que tel, le rendez-vous s'est bien déroulé, mais il y a eu un petit moment de malaise en fin de soirée. Et s'il pense moindrement comme moi, c'est cet instant-là qui va lui rester gravé dans la tête. Même si théoriquement, cette tension n'a duré qu'une minute sur une durée totale d'environ trois heures. 

Encore une fois, je crois qu'il m'envoyait peut-être des signaux positifs. De nombreux contacts visuels, une facilité à s'ouvrir sur sa vie personnelle, des sourires, des rires, une posture physique tournée vers moi, des compliments, un intérêt pour mes propos, une grande courtoisie et un désir de me raccompagner jusqu'à la station de métro la plus proche. 

J'ai eu l'impression qu'il voulait m'embrasser, mais il a fini par ne pas le faire. Peut-être que moi, j'envoyais des signaux mixtes, même si ma tête souhaitait un baiser. Il y a eu toute la montée du fameux «dit moment»; les regards furtifs, les sourires en coin, les paroles qui ne veulent plus rien dire, l'hésitation et... le malaise palpable parce que personne n'a fait le saut. 

Je sais que je ne suis pas la première à qui ça arrive et je sais que je ne serai pas la dernière non plus. Toutefois, ce genre de malaise est inconfortable et stressant. Je déteste la convention sociale qui dit qu'un baiser doit être donné en fin de rendez-vous galant. Ça me met de la pression sur les épaules et j'ai toujours l'impression d'avoir l'air conne. Crissement conne. D'attendre sans vouloir attendre, de ne pas attendre en voulant attendre. 

Au bout du compte, je l'ai salué rapidement et je suis partie prendre le métro. Le malaise était en train de me rendre folle. Je ne sais juste pas si désormais, mon chien est mort et bien enterré. Je crois qu'on avait une belle chimie, mais est-ce que j'ai tout fait foirer? 

J'imagine qu'il me faudra attendre plus longtemps pour le savoir. À suivre, sans doute.